Affichage des articles dont le libellé est Economie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Economie. Afficher tous les articles

dimanche 18 septembre 2011

LE CHAGRIN DES CLASSES MOYENNES - Nicolas Bouzou (2011)

Résumé de l'éditeur:

"C'est l'histoire d'un aveuglement. D'une évolution dont les élites politiques refusent de prendre acte, mais que les principaux intéressés (la majorité des Français !) subissent et ressentent dans leur chair. Notre pacte social a fait la part belle aux classes moyennes qui, c'était entendu, bénéficieraient année après année de rémunérations de plus en plus élevées. Tel est le fil censé guider nos vies. On doit pouvoir accéder au crédit, s'acheter une voiture, puis un logement. On travaille, on progresse, on ressemble à ses voisins, à ses cousins, à ses anciens camarades d'école : on ne se refuse pas grand-chose, on pense aux vacances plusieurs mois à l'avance. Eh bien, braves gens, préparez-vous à la dure vérité des faits et des chiffres : ce modèle est mort."
Voici le portrait saisissant d'une France à un moment clé de son histoire économique et sociale. Une France où même certains "notables" ont parfois du mal à boucler leurs fins de mois. Car désormais, nul n'est à l'abri.

Résumé tiré du web:

1) Le diagnostic du « chagrin » des classes moyennes :

Ce qu’analyse avec justesse Nicolas Bouzou c’est que la mondialisation produit une vraie fragmentation de la classe moyenne: en son sein, entre les plus aisés et les moins aisés, le fossé grandit et les destins individuels se séparent de plus en plus. Suivant les capacités de chacun à pouvoir se remettre en cause et à s’adapter à l’évolution du marché du travail et aux nécessités de l’entreprise, des personnes avec des profils parfaitement identiques seront à terme (il prend l’exemple de comptables, d’ingénieurs, d’avocats mais également de médecins) soit menacés de « déclassement », soit happés dans une dynamique ascensionnelle qui leur permettra de tirer les fruits pécuniaires des bienfaits de la mondialisation des talents et des compétences. Et d’évoquer la fin des « notables », ou des emplois sans risque (instituteurs). Le diagnostic est juste, surtout lorsqu’il montre que cette dynamique est le fruit paradoxal de la montée en puissance des anciens pays du tiers monde, avec au premier rang les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) - mais sans doute un jour l’Afrique - , au sein de l’économie mondiale.


Il s'attard un peu plus sur la Chine qui est un exemple particulièrement structurant: la libéralisation en 1978 du secteur argicole a permis de soutenir l'exode rural, conduisant au renforcement  de l'industrie qui  a trouvé des débouchés avec le commerce international au sein des zones économiques spéciales (ZES) avant qu'un mouvement sans précédent de privatisation des conglomérats dans les années 1990 achève le processus. Résultat, "La Chine est donc pour nous à la fois une chance et une menace. En même temps, elle nous offre des perspectives de croissance inespérées et désintègre notre tissu social en contribuant à la fragmentation de notre classe moyenne. Et l'atelier du monde n'a pas fini de grossir. Il monte en gamme, délaissant progressivement les secteurs traditionnels (...) pour des secteurs à plus forte valeur ajoutée."


Mais l’auteur pèche cependant : il fait l’impasse sur la situation de la fonction publique. Au sein des destins professionnels qu’il brosse sans complaisance, les fonctionnaires qui sont par excellence des insiders ne sont pas évoqués, pas plus que le constat lucide de leur poids au sein d’un PIB dominé à 55% par les dépenses publiques et leurs implications budgétaires. Tout au plus relève-t-il le rôle délétère aujourd’hui de certaines politiques publiques comme le logement, dans un chapitre éclairant « Quand l’Etat enfonce les classes moyennes  ». Il y fait le constat de l’échec actuel de la politique du logement, reposant sur une politique de la demande (aide à l’accession à la propriété) alors qu’il aurait fallu une politique raisonnée de l’offre (augmentation des aides à la construction, donc au BTP et aux promoteurs). Mais on aurait aimé qu’au-delà du diagnostic, l’auteur aille jusqu’à proposer des solutions plus variées, en particulier proposer quelques économies à pratiquer dès-à-présent au sein de la dépense publique. Au contraire il en reste à préconiser une « déréglementation » des professions réglementées (vétérinaires, taxis, notaires) dans le prolongement des études menées par Francis Kramartz et Pierre Cahuc (2007).

2) Rien ne sert de « taxer plus les riches »:

Pour préparer les classes moyennes à affronter la mondialisation, le message de Nicolas Bouzou aux pouvoirs publics est clair : si les situations de rentes et les emplois protégés sont condamnés à disparaître, la solution à leur angoisse ne réside pas dans une politique fiscale visant à taxer plus les riches. La raison en est simple, avec un taux de prélèvements obligatoires de 44%, il n’est plus temps d’alourdir la pression fiscale sur les contribuables : ni par la consommation puisque l’on touche les plus modestes de plein fouet, ni sur les plus riches parce qu’ils sont également les plus mobiles, ni sur les classes moyennes qui sont précisément les plus déstabilisées par la globalisation : « Dans une société qui éclate, raisonner simplement en termes de redistribution fiscale est une chimère. Il faut prendre les problèmes bien plus en amont » (p.209). Par ailleurs, ne pas toucher à l’ISF ("l’impôt d’avenir de Piketty") serait une erreur, toute simplification de notre fiscalité est bonne à prendre dans la mesure où afin de maintenir une certaine « compétitivité fiscale », la France a dû multiplier la complexité de ses dispositifs dérogatoires. Reste donc à l’Etat à modifier en profondeur sa stratégie qui en définitive, même si l’auteur se garde bien de le dire explicitement, doit faire décroître inéluctablement son périmètre. Il propose à la place, l’édification d’un nouveau pacte social entre les entreprises, la société civile et l’Etat. Bref, appelle à la mise en place d’une sorte de « Big Society » à la française :
- Côté entreprises, celles-ci devront s’engager à développer une offre rigoureusement différentiée afin de répondre à une demande beaucoup plus diversifiée pour une société éclatée : montée en gamme et le développement du low cost et du hard discount  : « les marchés du haut de gamme et de l’entrée de gamme vont continuer à s’élargir. Le moyenne gamme va rétrécir. »
- Côté Etat, une remise en cause de son caractère « providentiel » et surtout renoncer au levier égalitariste de la politique fiscale : «  la redistribution via l’impôt est essentielle dans une démocratie. Mais elle est imparfaite, forcément limitée et ne traite le problème que très en aval. »
- Enfin côté Société civile, celle-ci a « certainement son rôle à jouer ; c’est cet évergétisme hérité de la Grèce antique et de Rome et remis à la mode américaine qui permet de lever des milliards de $ pour les bonnes causes. » L’auteur plaide donc pour la multiplication des fondations et le développement des dons et du tiers secteur.

 

Conclusion :

L’approche de Nicolas Bouzou est donc lucide et stimulante en disqualifiant par essence la question du « grand soir » fiscal. Au contraire de Piketty, Landais et consorts (cf. le livre "Pour une révolution fiscale"), la seule disposition fiscale qu’il envisage est un alourdissement des droits de succession, dans une perspective cherchant à favoriser la new money sur l'old money, selon l’acception américaine. C’est ce qu’il appelle une politique de « combat de la rente »… une politique propice à la création d’emplois qui devrait se conjuguer avec une nouvelle remise à plat des relations entre l’Etat et les entreprises. En définitive le principal constat de l’ouvrage réside dans la proposition suivante : la solution au « chagrin » des classes moyennes réside avant tout dans le dynamisme et l’innovation des individus qui les composent… Classes moyennes, bougez-vous !


Auteur:

Nicolas Bouzou est économiste. Il enseigne à Paris II-Assas et dirige le cabinet de conseil Astérès. Il intervient régulièrement dans les médias.


Avis:

 
** Très bon livre d'économie pratique truffé d'exemples et de cas concrets, presque à l' "américaine" ! Le contenu reste également assez proche des idées d'outre atlantique et donc libéral sans être toutefois excessif dans ce sens (avec des idées à la fin du livre pour tout type de gouvernement: gauche, droite, centre).
** Même si l'on peut rester un peu sur sa faim par rapport au titre en attendant des solutions pour sauver les classes moyenne. En effet, Nicolas Bouzou enterre dès le départ cette possibilité, même s'il donne malgré tout des pistes pour améliorer notre sort dans le futur.
** Tous les sujets abordés sont d'actualité et supportés par de nombreux exemples de notre vie courante (cf. les citations ci-dessous): consommation, logement, imposition, .... C'est ce qui en fait un livre d'économie vraiment très agréable à lire, loin des essais scolaires et proche d'une analyse sociologique de notre société actuelle. Seul point négatif, tous ces nombreux sujets ne donne finalement pas d'idée directrice au livre et il en ressort "seulement" une association de bonnes idées.


Citations:


**"Pis, ce délitement des classes moyennes est inéluctable, mû par des causes, la mondialisation et le progrès technique, qui s'imposent à tous les pays développés et qui, suprême ironie, constituent une chance extraordinaire pour le bien-être de l'humanité, puisqu'elles sont synonymes de croissance et de recul de la pauvreté dans bien des pays (des millions de Chinois et d'Indiens peuvent en témoigner). L'enjeu n'est donc pas de vouloir sauver les classes moyennes, car une telle lutte est perdue d'avance et ne conduirait à rien d'autre qu'à un gaspillage de ressources intellectuelles et financières, et à une grande régression. On ne sauve pas le produit d'un monde disparu ! Le véritable enjeu est double: il est de faire en sorte que des deux grands blocs qui composent nos sociétés, celui des riches et celui des autres, le premier soit le plus fourni ; l'enjeu est aussi de rendre la société plus fluide, pour que ceux d'en bas puissent monter plus haut." - p17
** "L'essor de ce que les Américains appellent le charity business l'illustre. Pratiquer la charité, comme le faisaient les riches de la Rome impériale, est un bon moyen d'améliorer son image, de développer son réseau, d'étendre son pouvoir. Pratiquer la charité, en donnant à des fondations par exemple, c'est se priver d'une partie de son revenu à court terme, mais c'est aussi renforcer sa capacité à en recevoir à plus long terme. Cela ne signifie pas que la charité ne relève que de l'intérêt. Il y a sans doute une part de générosité dans le développement du charity business. Mais oublier les motivations autres relèveraient d'un naïveté coupable et passerait à côté d'un aspect important de la question." - p51
** "Il y a des pelletées de secteurs qui se sont offert un lobbying suffisament efficace pour convaincre nos parlementaires et nos gouvernements d'en vérouiller l'accès [...]. Pharmaciens, taxis, vétérinaires ou notaires bénéficient de ces privilèges qui leur permettent de pratiquer des prix (et donc des marges) plus élevées que dans le cas où ils opéreraient dans un environnement véritablement concurrentiel. C'est une des raisons qui explique pourquoi les prix des services continuent d'augementer, alors que ceux des biens, soumis aux rudes lois de la concurrence, stagnent. Ainsi, une inflation moyenne de 2% masque des évolutions relativement très différentes: les prix des produits high-tech chutent, ceux des biens sont en légère baisse, ceux des service augmentent." - p94
**"Et quand les prix de la viande augmente, la faute en revient essentiellement aux pays émergents et à leur demande gloutonne. La mondialisation qui fait baisser les prix des produits manufacturés fait augmenter ceux de l'alimentation!" - p96
** "Si l'eau est de plus en plus rare, elle doit être de plus en plus chère, pour ne plus être gaspillée. C'est la voie écologiste de la raison ... mais qui va à l'encontre des intérêts des classes moyennes." - p99
** "Pourtant, la situation du marché du logement n'a rien d'inéluctable. Pour un économiste, si des prix augmentent ou restent trop élevés, entraînant une pénurie, c'est que le marché est entravé dans son fonctionnement. Cest que l'offre est contrainte. C'est que, pour tout un ensemble de raisons, on ne construit pas assez de logements. Car dans un marché qui fonctionnerait correctement, la hausses des prix constituerait le signal d'une rareté, et donc d'une opportunité de profit pour le promoteurs immobiliers, lesquels devraient construire davantage pour augmenter leurs profits ! [...] Depuis l'après-guerre; les gouvernements successifs ont identifié une "crise" du logement. Entendez : les prix des logements sont trop élevés, il faut donc donner davantage de moyen aux ménages pour qu'ils puissent accéder à la propriété. erreur de raisonnement classique mais funeste comme le sait n'importe quel étudiant de première année en sciences-éco. Car en prétendant offrir davantage de moyens aux ménages, on accroît la demande. Or accroître la demande quand l'ordre est insuffisante, c'est accentuer un déséquilibre existant. c'est pousser un peu plus les prix à la hausse ! [...] J'ai montré ailleurs, reprenenant en cela une littérature économique abondante, comment les politiques monétaires, en permettant des taux d'intérêt excessivement bas, créaient des bulles sur les marchés immobiliers. [...] A la vérité, plusieurs études, en Europe comme aux Etats-Unis, ont montré que les déficits de logement étaient le produit d'une politique mathusienne en matière d'occupation des sols. Sous couvert de protection de l'urbanisme, de lutte contre l'étalement urbain ou de congestion des villes, on limite les nouvelles constructions au maximum. Comme si l'on ne pouvait pas faire du beau avec du moderne, comme si nouveauté et tradition ne pouvaient se mélanger pour le meilleur, comme si la densité était mauvaise en soi." - P106 à 110
** "En effet, la plupart des pays qui ont réduit de façon significative et durable leur dette publique l'ont fait en diminuant progressivement la dépense publique. Augmenter massivement les prélévememnets obligatoires, au contraire, se révèle contre-productif pour une raison simple: l'alourdissement des impôts affecte les incitations à consommer et à investir, en un mot, la croissance." - p117
** "Si l'on additionne les impôts directs (impôts sur le revenu, CGS, CRDS, taxe d'habitation, ...), les impôts indirects (TVA, taxe intérieure sur les produits pétroliers, droits de mutation, ...), les cotisations sociales (salariales et patronales), et les impôts qui pèsent sur les entreprises, on obtient une somme qui représente 44% du PIB. Ce qui signifie que quasiment la moitié des richesses produites en France chaque année est prélévée par l'Etat, pour lui-même ou pour être redistribuée. C'est énorme dans l'absolu, et c'est plus que chez la plupart de nos voisins (seuls le Danemark et la Suède nous surpassent). Autres spécificité française: la fiscalité y repose en grande partie sur le travail, via les cotisations sociales." - p120
** "Cette concurrence fiscale contraint considérablement les choix des gouvernements en matière de fixation des taux d'imposition. Il existe une solution théorique à cela: l'harmonisation fiscale entre les Etats [...] qui n'adviendra pas ...." - p125
** "Les Américains conçoivent trois nouvelles institutions: Le Fond Monétaire International (qui prête aux pays en crise en contrepartie de "conditionnalités" qui exigent la réduction des droits de douane et de subventions publiques et la libéralisation des marchés financiers), la Banque mondiale (qui prête aux pays pauvres afin de financer d'importants projets d'investissement et d'infrastructure) et le General Agreement on Tarifs and Trade - le GATT qui deviendra plus tard l'Organisation Mondiale du Commerce (qui est l'enceinte de négociation qui doit aboutir à la diminution des droits de douane et donc au développement du libre-échange entre les pays adhérents." - p140
** "Le Mozambique, par exemple, présente des performances économiques "à la chinoise", avec 8% de croissance en moyenne chaque année depuis 10 ans." - p158
** "La théorie économique moderne va encore plus loin, en affirmant que, même dans un monde où tous les individus de tous les pays disposeraient exactement des mêmes capacités, le libre-échange resterait profitable. Chaque pays aurait intérêt à se spécialiser dans un secteur, quitte à le choisir hasard, pour bénéficier d'un marché plus important que son simple marché national, et réaliser ainsi des économies d'échelle." - p161
** "La position officielle, celle des grandes organisations internationales comme le FMI ou l'OCDE est bien celle-ci: la montée des inégalités et, partant, les déboires des classe moyennes, sont largement indépendantes de la mondialisation. Pour elles, ces difficultés émanent quasi exclusivement des mutations technologiques. Pourtant cette assertion est fausse. Ce n'est pas la nouvelle révolution industrielle qui dissout les classes moyennes, c'est le mariage entre la mondialisation et le progrès technique. Ces deux aspects sont indissociables." - p173
** "Les entreprises devront, ces prochaines années, avoir cette contrainte à l'esprit: les marchés du haut de gamme et de l'entrée de gamme vont continuer de s'élargir." - p 217
** Politiques: la gauche doit se réapproprier le thème de l'éducation ; la droite doit enfin combattre la rente ; le centre doit pousser la décentralisation. - last chapter

dimanche 17 juillet 2011

POUR UNE REVOLUTION FISCALE (2011)

Résumé:
Pour une révolution fiscale - Un impôt sur le revenu pour le XXIème siècle
La fiscalité française est asphyxiée par sa complexité, son manque de transparence et l’accumulation de privilèges pour une minorité de contribuables ultra-riches. Mais on en reste trop souvent, en la matière, à des énoncés aussi vagues que stériles.
Ce livre innove en proposant une critique d’ensemble du système fiscal français. Il démontre scientifiquement, pour la première fois, le caractère régressif de l’impôt dans notre pays (ce qui signifie que, tous prélèvements confondus, les taux d’imposition sont plus élevés pour les ménages les plus modestes et s’abaissent pour les plus riches). Pour cette raison, il fera date.
Mais cette analyse au scalpel ne se contente pas de mettre au jour l’injustice du système. Elle plaide pour une révolution fiscale, chiffrée et opérationnelle, fondée sur trois principes : équité, progressivité réelle, démocratie. Ce livre contribue de manière décisive à l’édification d’une nouvelle critique sociale et se pose au centre du débat politique pour les années à venir.
Pour la première fois dans le monde, un site Internet permet à chacun d’évaluer les propositions des auteurs et de concevoir une réforme alternative: http://www.revolution-fiscale.fr/simuler/.

Auteurs:
Camille Landais
est chercheur au Stanford Institute for Economic Policy Research. Il est notamment l'auteur de "Les hauts revenus en France, 1998-2007: une explosion des inégalités?" (Ecole d'économie de Paris, 2008).
Thomas Piketty
est professeur à l'Ecole d'économie de Paris et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il est notamment l'auteur de "Les hauts revenus en France au 20ème siècle - Inégalités et redistributions, 1901-1998" (Grasset, 2001) et de "Top Incomes - A Global Perspective" (avec A.B. Atkinson, Oxford University Press, 2010).
Emmanuel Saez
est professeur à l'Université Berkeley. Ses travaux sur la fiscalité optimale et la répartition des revenus lui ont valu la Clark Medal décernée par l’American Economic Association en 2009. Il est notamment l'auteur de "Income Inequality in the United States, 1913-1998" (avec T. Piketty, Quarterly Journal of Economics, 2003).

Avis:
 
** Un livre d'économie et de finance avant tout qui résume les recherches faites par les 3 auteurs sur le sujet de la fiscalité en France.
** Malgré la certaine technicité du livre (nécessaire au final pour bien comprendre le sujet), les auteurs arrivent à se mettre au niveau de non-experts en économie et expliquer sans trop de vocabulaire spécifique la fiscalité en France.
** Les deux premiers commentaires étant principalement pour la forme, passons maintenant au fond: révolutionnaire (comme le titre) !! En effet, ils arrivent à expliquer et démontrer que la fiscalité globale en France (TVA, cotisations sociales, CSG, IRPP, ...) est à une moyenne de 47% environ et surtout que ce % décroit pour les revenus les plus riches (c'est à dire à partir des 0,01% ou même 0,001% des plus riches pour atteindre seulement 35% environ !!).
** Ce livre n'est pourtant pas de gauche (ni même de droite) et se veut rester le plus factuel possible. Il ne s'en tient pas à démontrer que l'impôt est finalement régressif, mais va ensuite plus loin et propose toute une série d'actions concrètes pour l'améliorer.
** En premier lieu, il faudrait le SIMPLIFIER. Aujourd'hui le principal problème est qu'il est devenu illisible (notamment avec toutes ses niches fiscales) et qu'il donne donc l'impression à presque tout le monde qu'il n'est pas juste ... La première idée pour le simplifier serait de passer l'IRPP au prélévement à la source (c'est à dire étendre d'une certaine manière la CSG actuelle).
** Ensuite il faudrait rendre l'impôt de nouveau PROGRESSIF jusqu'au plus riches et pour ceci il faudrait principalement imposer d'une meilleure manière les revenus du capital qui passent aujourd'hui pour la plupart à travers les mailles du filet ! Pour cette nouvelle imposition, les auteurs proposent plusieurs niveaux d'imposition en fonction des idéologies politiques (gauche, centre, droite).
** En marge de cela les auteurs donnent également quelques autres axes d'amélioration tel que le fait de passer en taux effectif directement applicable à la totalité des revenus (comme 20% pour tous ses revenus), au lieu de le faire au taux marginal comme aujourd'hui (5% pour les premiers 10 000€, 10% pour les suivants, etc ...) ou encore de ne plus imposer au niveau de la famille mais des individus.
** En conclusion, ce livre (ou essai) est révolutionnaire dans la mesure où il montre véritablement la non efficacité et illisibilité de notre système actuel. Il faut donc le réformer afin de le rendre principalement plus juste !
** Pour ceux qui voudraient obtenir encore plus d'informations sur ce sujet très d'actualité, les auteurs mettent également un site à la disposition des intéréssés: http://www.revolution-fiscale.fr/. Ce site reprend les principales idées du livre et propose même des simulations des différentes réformes fiscales possibles (si avec tout ça les pouvoirs politiques ne réforment pas !).

samedi 5 mars 2011

LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE - Joseph E. Stiglitz (2010)

Résumé:
Ce livre parle d'un combat d'idées. Il porte sur celles qui sont à l'origine des politiques désastreuses qui ont provoqué la crise et sur les leçons que nous en tirons. Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins. Soit nous continuons à faire triompher la cupidité, à mettre au coeur de nos sociétés économiques le libre marché, l'obsession du court terme, les déréglementations, la libre circulation des capitaux, responsables des pires dérives du système financier ; soit nous acceptons de faire un pas de côté et de considérer les causes fondamentales de notre échec. Selon l'auteur, en effet, ce que la chute du mur de Berlin a été au communisme, septembre 2008 l'a sans doute été symboliquement au fondamentalisme du marché et au mythe pervers de l'autorégulation. Malheureusement, la plupart des élites économiques et politiques n'en prennent pas conscience : aveuglées par leurs croyances, elles évoquent une crise exclusivement financière qui aura certes des répercussions économiques, alors qu'il s'agit de la faillite d'un système conjuguée à une grave crise morale. Il est donc urgent aujourd'hui de repenser le monde, de réformer une science économique qui s'est fourvoyée, entraînant dans son sillage l'accroissement des inégalités, la montée de la pauvreté ou l'aggravation de la crise environnementale. Joseph Stiglitz apporte des solutions. Il démontre magistralement que les mesures actuellement prises aux Etats-Unis ou en Europe ne sont pas à la hauteur de l'enjeu et contribueront, pour nombre d'entre elles, à relancer un système qui a échoué et qui ira de crise en crise. Les banques vont poursuivre leurs activités comme avant, la déréglementation dans certains domaines continue à bon train... Ce livre résonne comme un appel, il nous invite, si nous voulons nous garder de terribles déconvenues, à remettre à plat les fondements mêmes de l'économie mondiale.

Auteur:
Joseph E. Stiglitz est l'un des économistes les plus influents et les plus écoutés au monde. Il est l'un des rares à nous mettre en garde, depuis plusieurs années, contre le fanatisme du marché et la financiarisation de l'économie. Prix Nobel en 2001, il est l'auteur de La Grande Désillusion, Quand le capitalisme perd la tête, Un autre monde.

Avis:
** Brillant essai économique décriptant la situation financière mondiale à la fin de la première décennie du XXIème siècle.
** Joseph Stiglitz analyse tout d'abord les fondements de la crise financière de 2008 principalement dûe à la cupidité du monde financier et à la déréglementation petit à petit instaurée depuis les années 1980. Ensuite, il décrit les réactions des USA et des grandes économies afin de sauver le système: une gestion qu'il appelle "naviguation à vue" et qui selon lui n'est pas suffisante afin de ré-orienter durablement les USA et le monde dans la bonne direction. Enfin, il donne sa vision d'un nouveau capitalisme, d'une nouvelle science économique ne mesurant pas seulement la croissance en terme de profit, mais en prenant en compte la dimension humaine et sociale des êtres humains.

vendredi 11 février 2011

FRANCE, LA FAILLITE ? - Philippe Herlin (2010)

Résumé:
Où nous mène cette fuite en avant ? A la fois enquête de fond et guide pratique, France, la faillite ? explique comment on en est arrivé à un tel niveau d'endettement, évalue les risques de faillite de l'Etat, et donne les indicateurs à surveiller. Sans imposer une lecture ou un point de vue, Philippe Herlin examine 10 scénarios de " krach de la dette " et les solutions qui pourraient être apportées. Pour la première fois, un livre se penche sur les conséquences concrètes d'une faillite de l'Etat sur la vie quotidienne des Français : quel cataclysme nous attend ? Aurons-nous encore accès à nos comptes bancaires ? Comment protéger son patrimoine, autant que faire se peut ? Car personne ne serait épargné...

Auteur:
Philippe Herlin est le responsable du premier blog d'information sur la dette de la France, ladettedelafrance. fr. Il est par ailleurs chercheur en finance et chargé de cours au Conservatoire national des arts et métiers. Il vient de publier Finance : le nouveau paradigme.

Avis:
** Analyse très détaillée de la situation actuelle de la dette en France. L'auteur fournit un très grand nombre de chiffres et de faits sur lesquels il s'appuie pour montrer à quel point la situation est inquiétante et n'ira pas en s'améliorant si rien de structurel n'est fait.
** L'un des points les plus intéressants de ses explications est la démonstration du poids de plus en plus important que prend la "charge de la dette" dans les finances de l'Etat (= intérêts que l'Etat doit payer à ses créditeurs, plus on emprunte et plus on aura d'intérêts à payer).
** L'auteur démontre également comment la plupart des solutions évoquées par les politiques ne réponderaient pas voire feraient même empirer la situation. Cependant, la déception de ce livre reste qu'il ne donne finalement pas de vrai solution pour sortir de cette crise de la dette (serait-ce d'ailleurs le but "vendeur" final de ce livre que de faire peur et effrayer jusqu'au point de dire à tout le monde de mettre son argent en sûreté .. ailleurs que dans les banques !).

dimanche 6 février 2011

LA DETTE PUBLIQUE, UNE AFFAIRE RENTABLE - André-Jacques Holbec & Philippe Derudder (2008)

Résumé:
"II faut réduire la dette! ". On crie à la faillite ! Tel un père qui demande instamment à ses enfants d'aller ranger leur chambre, notre gouvernement nous dit : " Assez de cette gabegie ! Il est temps de devenir sérieux, remettez vos prétentions sociales au tiroir, l'heure est au travail et aux économies ". Ce qu'on ne nous dit pas, c'est qu'il y a une quarantaine d'années, l'État français n'était pas endetté, à l'instar de la plupart des autres nations, d'ailleurs. En moins de quarante ans nous avons accumulé une dette colossale qui avoisine les 1200 milliards d'euros ! Pourquoi ? S'est-il produit quelque chose qui a fait que l'on ait soudain besoin de recourir à l'emprunt, alors qu'auparavant on se suffisait à nous-mêmes? Et si tel est le cas, qui en bénéficie vraiment ? Qui émet la monnaie ? André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder nous disent les vraies raisons de la dette et dénoncent les mécanismes destructeurs scrupuleusement occultés. Vulgarisateurs de la "chose économique", leur but est de permettre aux citoyens de "savoir ", afin qu'ils ne se laissent pas impressionner par les épouvantails que l'on agite sous leur nez. Afin de comprendre surtout que nous avons tout pour relever l'immense défi humain et écologique de notre temps et que la dette et l'argent ne sont que " vrais-faux " problèmes.

Auteur:
André-Jacques Holbecq, " économiste citoyen ", est très impliqué dans le mouvement altermondialiste depuis plusieurs années.
Philippe Derudder, son expérience de chef d'entreprise l'a conduit à s'interroger sur les contradictions du système. Il démissionne alors et partage depuis lors le fruit de ses recherches et expériences dans ses livres, conférences et ateliers.
Étienne Chouard a été un des principaux artisans, par son blog, de la prise de conscience ayant mené au NON au Traité Constitutionnel Européen en 2005.

Avis:
** La vraie "perle" et nouveauté de ce livre est l'explication complète de la manière dont est créé la monnaie. Le cœur de cette théorie altermondialiste est que l'Etat n'aurait jamais dûe abandonner, dans les années 70, la souveraineté de la création de la monnaie au profit des banques.
** Grâce à cela, les banques ont donc un avantage absolu, car elles peuvent créer de la monnaie bien au delà des encours dépôts qu'elles ont sur leurs comptes, afin de prêter de l'argent aux entreprises, particuliers et même à l'Etat. En conclusion, les banques font des profits à l'aide d'argent qu'elles n'ont pas en leur possession!
** L'Etat aurait dû garder cette souveraineté afin de lui-même permettre la fludification de l'économie à l'aide d'investissements notamment et surtout en limitant les commissions prélevées actuellement par les banques.

vendredi 4 février 2011

VERS UN NOUVEAU CAPITALISME - Muhammad Yunus (2008)

Résumé:
La puissance du capitalisme peut-elle contribuer à l'éradication de la pauvreté et à la réduction des inégalités ? Pour beaucoup, cela paraît impossible. Pas pour Muhammad Yunus. Le prix Nobel de la Paix 2006 propose dans ce livre une nouvelle forme d'activité économique, complémentaire au modèle classique, permettant de produire des avantages sociaux en ayant recours au libre marché. Tout comme le microcrédit, qui concerne aujourd'hui plus de cent millions de familles dans le monde, ce que le professeur Yunus appelle le social-business pourrait profondément renouveler le capitalisme.
Qu'est-ce qu'un social-business? Une entreprise qui gagne de l'argent mais qui n'est pas tendue exclusivement vers la maximisation du profit. Une entreprise qui consacre ses bénéfices à la diminution des coûts, à la production d'avantages sociaux. Une entreprise qui ne rémunère pas ses actionnaires. Utopie? Les premiers social-business créés par le groupe Grameen témoignent du contraire. La nouvelle révolution à laquelle nous invite le professeur Yunus ouvre la voie à un capitalisme plus juste et plus humain.

Auteur:
Muhammad Yunus est né au Bangladesh. Docteur en économie, il est le fondateur et le directeur de la Grameen Bank. En transgressant de nombreux préjugés économiques, il a imposé le microcrédit dans le monde. Pour son action, il a reçu le prix Nobel de la Paix en 2006.

Avis:
** Simple et efficace explication du principe du micro-crédit mise en place par la Grameen Bank créée au Bangladesh par M. Yunus, ainsi que du concept de "social business" mise en place dans de nombreuses autres société créées par M. Yunus.
** L'auteur théorise le fait que le capitalisme dans son état actuel n'est pas "complet", il manque un aspect social, environnemental et humain à ce modèle. Ainsi pour lui, il faut le compléter avec des socials business, sociétés qui n'ont pas comme principal objectif le profit, mais qui doivent être jugées sur les résultats sur la société, l'environnement et les êtres humains.

Citation:
"Pour tous ceux qui veulent créer un monde où la pauvreté n'existerait plus" Intro

dimanche 23 janvier 2011

L'AMERIQUE QUE NOUS VOULONS - Paul Krugman (2007)

Résumé:
[Résumé de l'éditeur]:
L'Amérique que nous voulons « L'Amérique est prête pour une politique nouvelle, progressiste - un nouveau New Deal. » Cette thèse de Paul Krugman n'est plus jugée donquichottesque : la victoire écrasante des Démocrates en témoigne. Une grande partie de l'opinion américaine pense même que la politique économique des conservateurs a contribué à créer la crise. L'érosion progressive, depuis un quart de siècle, des garde-fous financiers établis par le New Deal, l'ascension d'un « système bancaire fantôme », non assujetti aux réglementations, ont rendu le désastre possible. Paul Krugman éclaire magistralement les raisons du naufrage américain - fin des valeurs démocratiques, explosion des inégalités, chute dramatique du niveau de vie des classes moyennes - en examinant de manière décapante un siècle d'histoire politico-économique. Il soutient que la réforme de santé doit être au coeur de l'action de l'administration Obama, que l'assurance maladie universelle doit être au nouveau New Deal ce que la Social Security, la caisse de retraite publique, a été au précédent. Mais il y a une autre tâche, urgente : le sauvetage de l'économie. Selon Krugman, il ne reste qu'une option : la stimulation budgétaire de grande envergure. C'est par des dépenses que l'administration Obama tirera l'Amérique de la récession. Et il nous explique comment l'Amérique peut à la fois s'offrir des dépenses massives et une réforme majeure de son système de santé. Le nouveau New Deal commence.

[Résumé d'un internaute]:
L'Amérique que nous voulons" commence ainsi: "Je suis né en 1953... L'Amérique d'après-guerre était d'abord une société de classe moyenne. La grande ascension des salaires inaugurée par la Seconde Guerre mondiale avait fait passer des dizaines de millions d'Américains -dont mes parents- des taudis urbains ou de la pauvreté rurale à une vie de propriétaire et de confort sans précédent".
Le climat politique, se souvient l'essayiste, était alors "tempéré", et les républicains "n'essayaient plus de démanteler les acquis du New Deal".
Puis est venue l'ère Reagan et le tournant des années 80 : les inégalités se sont accrues, la situation économique s'est dégradée pour le plus grand nombre, et la politique s'est faite de plus en plus droitière, sous l'impulsion des néo-libéraux. Les républicains ont ouvertement prôné le démantèlement de tous les acquis du XXème siècle : "certaines politiques de Bush - sa tentative visant à supprimer les droits de succession, par exemple - ramènent l'Amérique non pas à ce qu'elle "était avant le New Deal, mais avant l'Ere progressiste" (1900-1918, période marquée par des tentatives de réforme sociale et par la législation antitrust). Et de rappeler que la campagne pour l'abrogation des droits de succession "a été largement financée par une poignée de familles qui ont de gigantesques héritages à financer".
Les démocrates, eux aussi ont glissé à droite : "non seulement Bill Clinton a gouverné plus à droite que Jimmy Carter, mais même plus à droite que Richard Nixon", souligne Krugman.
Pour Krugman, des "révolutionnaires d'extrême-droite" ont pris le pouvoir aux Etats-Unis
La thèse centrale du livre est celle-ci : "au cours des années 70, des éléments révolutionnaires d'extrême-droite décidés à revenir sur les acquis du New Deal se sont emparés du parti républicain". Cette droite dure a lancé l'offensive contre le mouvement syndical, réduit les taux d'imposition sur les hauts revenus, suscité et encouragé la montée de l'inégalité. Et pour l'auteur, c'est cet environnement politique qui a déterminé l'inégalité économique, et non l'inverse. La politique, affirme-t-il, sans crainte de passer pour un hérétique, a primé sur l'économie et a déterminé celle-ci.
Comment cette démarche a-t-elle pu réussir ? Comment une majorité d'Américains a-t-elle pu voter pour des présidents et des majorités accroissant les inégalités et ne favorisant que les plus riches ? C'est ce que Krugman s'attache à retracer. Ne pas manquer, dans son livre, le remarquable chapitre dédié aux "armes de distraction massive". Ou comment manipuler l'opinion, jusqu'à ce qu'elle vote contre ses propres intérêts. L'économiste rappelle comment Reagan avait entamé sa marche triomphale vers la présidence : "Il s'est fait remarquer en exagérant grossièrement un cas de fraude aux allocations à Chicago, qui lui a inspiré l'expression Welfare Queen, la "Reine des prestations sociales". Il n'a pas précisé la couleur de sa peau, il n'en avait pas besoin. " Pour Paul Krugman, le racisme a été l'ingrédient essentiel des succès des conservateurs. Mais pas le seul : il y a eu, aussi, "la lutte contre le terrorisme" et le retour de l'ordre moral.
Autant de leurres destinées à l'Amérique profonde et qui ont eu le résultat suivant, souligné par un livre qui avait fait quelque bruit en 2004, "What's the Matter with Kansas" ("Quel est le problème au Kansas") de Thomas Frank : "La ficelle ne s'use jamais...Votez pour interdire l'avortement, vous aurez une réduction de l'impôt sur les plues-values. Votez pour restaurer la puissance du pays, vous aurez la désindustrialisation ... Votez pour faire front contre les terroristes, vous aurez des manoeuvres pour privatiser la Caisse de retraite publique...". Dans la communication, les enjeux secondaires sont placés sur le devant de la scène. Et pendant ce temps-là, l'essentiel, une libéralisation qui coûte cher aux pauvres et aux classes moyennes, est mise en oeuvre méthodiquement, mais constamment escamotée dans le discours.
La conclusion du livre et de sa démonstration, menée tambour battant? On la devine sans peine : il est urgent, dans l'intérêt de l'immense majorité des citoyens, de faire marche arrière. D'établir une sécurité sociale pour tous. De revenir sur la baisse des impôts. Et de tenter, enfin, de réduire les inégalités. Aujourd'hui, la crise financière a rendu audible un discours dénonçant la folie du néolibéralisme, dont les années Bush ont marqué l'apogée.


Paru sous le titre The Conscience of a liberal.

Auteur:
Paul Robin Krugman, né le 28 février 1953 à Long Island dans l'État de New York, est un économiste américain qui a obtenu le « prix Nobel d'économie » 2008 pour avoir montré « les effets des économies d'échelle sur les modèles du commerce international et la localisation de l'activité économique ». Il tient une tribune depuis 2000 dans le New York Times ce qui lui a permis de devenir un « faiseur d'opinion ».

Avis:
** Ce livre démontre pourquoi il faudrait qu'il y ait un nouveau New deal dans ce début de XXIème siècle aux Etats-Unis (le New New Deal). La théorie de Paul Krugman est que des néo-conservateurs (proche extrême-droite) ont pris le pouvoir et qu'ils sont la raison du naufrage américain. Il plaide ainsi pour la fin d'une politique tournée uniquement vers l'intérêt des plus riches ...
** L'auteur parcourt l'histoire du XXème siècle des Etats-Unis: le long âge doré dans les années 20, la grande compression avec le New Deal dans les années 30, la politique de l'Etat providence après la guerre, une prospérité agitée dans les années 60, le conservatisme de mouvement dans les année 70, la grande divergence avec Reagan dans les années 80, la politique de l'inégalité et les armes de distraction massive à la fin du XIX et début du XXème siècle et pour finir le futur avec une nouvelle politique d'égalité ...                              
** Rappel: Aux Etats-Unis, les démocrates sont synonymes de libéraux et les républicains sont synonymes de conservateurs.

samedi 22 janvier 2011

LE CASSE DU SIECLE - Michael Lewis (2010)

Résumé:
À l’automne 2008, les principales places boursières se sont effondrées dans le sillage de Wall Street, plongeant du même coup le monde dans la crise. Si le désastre financier fut une surprise pour beaucoup, quelques-uns l’avaient néanmoins anticipé. Le véritable krach avait en effet commencé quelques mois plus tôt aux États-Unis, un krach obscur celui-là, silencieux, lié à l’inconséquence des subprimes, ces produits financiers inventés par des apprentis sorciers pour jouer avec les dettes des classes les plus défavorisées. Très vite, quelques personnes ont compris que ce système courait droit à sa faillite. Certains d’entre eux se sont tus, par peur ou espoir de se tromper, d’autres ont essayé en vain de briser le silence et l’indifférence, d’autres enfin ont décidé de parier sur cette catastrophe pour gagner plus d’argent encore.
C’est à ces quelques visionnaires que s’intéresse ici Michael Lewis. Privilégiant l’aspect humain à l’analyse d’un système trop souvent opaque et anonyme, il nous livre une galerie de portraits édifiants. Ses « modèles », qui mêlent de façon incroyable cynisme et naïveté, autisme et arrogance, nous accompagnent ainsi dans un récit passionné et passionnant, où la morale et les millions de dollars sont quantité négligeables, les anecdotes plus édifiantes les unes que les autres. Combinant la grande et les petites histoires, il nous livre au final le document le plus captivant, le plus humain et le plus instructif sur la crise et le monde financier tel qu’il se présente aujourd’hui.
Paru sous le titre The Big Short.

Auteur:
Michael Lewis est né à La Nouvelle Orléans en 1960. Il a travaillé comme investisseur, au milieu des années 1980, pour la banque Salomon Brothers, expérience qui lui a donné la matière de son premier livre, Poker Menteur (Dunod, 1993), comparé, lors de sa sortie au Bûcher des vanités, de Tom Wolfe. Il est aujourd’hui journaliste à Vanity Fair.

Avis:
** LE livre sur la crise des subprimes aux Etats-Unis ! A travers les récits des différents personnages, l'auteur arrive à nous expliquer, en des termes compréhensibles pour des non familiers de la finance, les fondements de la crise hypothécaire. Les CDS et les CDO sont ainsi décrits en détail et n'auront plus de secret pour le lecteur à la fin du livre.
** Plutôt que de faire un énième livre de réflexion sur l'absence de régulation, l'aviditié des opérateurs de marché ou l'irresponsabilité des banquiers centraux, Michael Lewis nous raconte la crise financière en utilisant certaines armes du scénariste de thriller: les héros sont des personnages totalement inconnus (un analyste financier obsessionel, un gérant de fonds autiste, un trader caractériel, ...) qui ont pour seul trait commun d'avoir su voir venir très tôt la catastrophe financière. "Le casse du siècle" n'est donc pas le récit d'un hold-up, mais l'histoire de quelques visionnaires qui se sont enrichis, mais ont aussi payé psychologiquement pour ne pas s'être trompé. Car, comme le souligne l'un deux, "il devient morbide de faire des investissements qui rapporteront  un pactole si une tragédie se produit" (to be short signifie parier contre la marché).